Compte-rendu du XXIIe colloque du RPH : La perversion sens dessus dessous
Par:
Marie-Hélène Viel, psychologue clinicienne
23/05/2012
Mots-clés:
Psychanalyste, psychologue clinicienne, psychanalyste fresnes
Compte-rendu du XXIIe colloque du RPH :
La perversion sens dessus dessous
Samedi 12 mai 2012 à l’Espace St Sulpice
Dans le VIe arrondissement de Paris
De nombreux étudiants, des professionnels de la psychologie et de la psychiatrie exerçant dans les champs médical, judiciaire et social, ainsi que des avocats étaient présents lors de cette journée pour éclaircir le concept de perversion, discuter des points d’achoppements comme des issues cliniques pour le traitement psychique des êtres souffrant de perversion.
Nous remercions tout particulièrement Daniel Zagury qui nous a fait le plaisir d’intervenir sur sa pratique en milieu carcéral. Voici, en attendant la publication des actes du colloque, un point de vue sur les éléments discutés par les cliniciens et le public.
Après avoir parcouru l’évolution de la pensée de Sigmund Freud sur la perversion, Diane Sourrouille souligne l’utilisation abusive de ce concept dans le langage courant, où il est appelé pour désigner « tout comportement qui dérange » ou bien relooké dans des dénominations modernes telles que la « perversion narcissique » introduite par Paul-Claude Racamier en 1986.
Les formes de perversion
Julien Faugeras rappelle que l’homosexualité n’est pas la perversion mais constitue un choix sexuel que l’homme le plus normal est capable d’opérer. Il introduit les notions d’homosexualité par symptôme / homosexualité par structure , et illustre son propos par des extraits de la cure d’un psychanalysant. Au fil de son élaboration, le patient sous transfert en vient à lier son homosexualité à sa relation symbolique aux figures parentales, et à interroger sa part de responsabilité dans son choix d’objet, en reconnaissant le bénéfice tiré de sa position féminine.
Marie-Hélène Viel s’intéresse à la perversion du regard à travers deux cas de patients en psychothérapie. Elle s’appuie sur les travaux de Jacques Lacan pour mettre en question la relation de réciprocité entre exhibitionnisme et voyeurisme introduite par Sigmund Freud et dégager deux désirs distincts, articulés étroitement au phallus imaginaire de la mère. Elle discute la notion de perversion en tant que symptôme et en tant que structure et défend l’idée d’un travail thérapeutique possible avec des patients venus consulter, au départ, sous injonction de soins.
La signification de l’acte pervers
Aurélie Capobianco met en débat le concept de « perversion narcissique » qui constitue selon elle une « utilisation détournée de la perversion au service de l’ego ». Elle illustre un cas de patiente dans lequel un acte pervers a pu constituer une solution de compromis pour relancer son désir.
Laure Baudiment décrit les actes pervers d’un adolescent qui défie ses professeurs et son entourage par des comportements exhibitionnistes, scatologiques. Elle insiste sur la volonté du jeune homme de choquer l’autre en provoquant chez lui de la gêne, du dégoût, dans des situations portant au comique, exemptes de tout caractère de violence, démontrant bien le contexte de relation intersubjective sans lequel l’acte pervers ne peut exister.
Peut-on traiter psychanalytiquement les pervers ?
Jean-Baptiste Legouis nous fait partager le traitement psychothérapique d’un patient fétichiste. S’il relève les difficultés dans le maniement du transfert avec le pervers, il soutient de façon déterminée que la psychothérapie ou psychanalyse est efficace pour agir sur la jouissance liée à l’acte pervers, par le recours au signifiant. Elle permettrait selon lui qu’une vie soit possible pour l’être dans laquelle il serait moins le jouet de son mode de jouissance.
Daniel Zagury rappelle qu’il ne faut pas confondre la clinique des perversions et le champ pénal. Il convient donc de réconcilier la perversion avec la clinique et avec l’idée de soin. Il critique la notion de structure et explique que « l’on n’est rarement que pervers ». Ainsi en est-il des « pervers de divan », qui ont une relation possible avec l’autre, tandis que les « pervers de prison » seraient souvent inaccessibles à autrui, et donc au transfert. Il explique que le pervers n’est pas sadique, et, prenant l’exemple du violeur, affirme que la sexualité n’est pas recherchée dans ce type de crime. C’est plutôt la volonté de destructivité qui prime.
Fernando de Amorim distingue le trait de perversion de la structure perverse, définie comme « celui qui ne veut rien savoir sur le manque de phallus chez la mère ». Dans la perversion, l’être se soumet à l’impératif catégorique du surmoi : « jouis ! ». Si le symptôme pervers est le fruit de l’effraction du désir de l’Autre tout–puissant, nous avons à admettre la possibilité d’une certaine jouissance surmoïque née de cette effraction, constituant un bénéfice nourrissant cette position. Comment agir avec des patients dont l’a-moralité est la moralité ? Fernando de Amorim s’appuie sur l’interdiction symbolique formulée par le psychanalyste, soutenue par l’amour et le respect de l’autre. La difficulté principale est que chez le pervers l’interdiction a pris une direction de jouissance du moi : le clivage se manifeste dans le fait que, tandis qu’une partie inconsciente du moi jouit, la partie consciente ne sait pas ce qui lui arrive. Selon lui, le lien entre les deux parties clivées se fait en invitant l’être à parler librement ses pensées, et en recourant si besoin à l’autorité que confère le transfert.
Marie-Hélène Viel
Mots-clés:
Psychanalyste,
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